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Batman Damned, le plus dark des chevaliers noirs…

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22 novembre 2019

Le 25 octobre dernier est sorti en librairie le nouveau Batman, écrit par Brian Azzarello et dessiné par Lee Bermejo. Dans cette nouvelle aventure de l’homme chauve-souris, qui fête ses 80 ans cette année, on retrouve un Batman perdu, incapable de se souvenir de ce qu’il s’est passé. Pourtant, les faits sont là, le Joker est mort et quelqu’un l’a tué.

Nous avons eu l’occasion de participer à une conférence avec le dessinateur Lee Bermejo, qui sait si bien retranscrire la noirceur du personnage par son style de dessin si particulier. L’occasion pour nous de vous parler de son œuvre.

Le comics

Il est important de noter que ce récit fait partie du Black Label  de DC comics. Le Black label regroupe des récits originaux, autonomes, s‘adressant à un public mature. C’est d’ailleurs avec le premier numéro de Batman Damned que DC a lancé son Black Label. A l’avenir certains titres seront également réédités pour rejoindre le label.

Vous l’aurez compris cette histoire ne s’inscrit donc aucunement dans la timeline actuelle des publications DC Comics.
On y suit l’aventure d’un Batman désorienté, blessé, acculé et ayant perdu la mémoire. Qu’il le veuille ou non, il reçoit l’aide de John Constantine, accompagné de Deadman, un fantôme addict de la possession de corps. Il croisera également la route de plusieurs autres membres de la Ligue des ténèbres (Justice League Dark en version originale), une Zatanna plutôt classique, un Etrigan revisité, un Swamp Thing gigantesque et une enchanteresse… éprise ?

Le récit nous dépeint un Batman abandonné de tous, Alfred n’est plus là, le manoir Wayne semble abandonné et la Batcave est une simple grotte loin de ce que l’on a l’habitude de voir. Mais il n’abandonne pas et veut savoir la vérité, le Joker est-il vraiment mort ? Et si c’est le cas, qui l’a tué ? Les démons qui le hantent remontent à la surface.

Lee Bermejo, de l’ombre à la lumière

C’est sur VHS que Lee Bermejo a découvert Batman, avant cela, il dessinait déjà ses héros préférés, tel qu’Indiana jones ou les personnages de Star Wars. A l’époque il dessinait par passion, mais après avoir déménagé en Californie, il entre dans son premier bookshop et discute avec le libraire. Il comprend alors la notion d’”auteur de comics”. Ce qui l’attire surtout, ce sont les comics au format prestige, avec de belles couvertures peintes.

C’est à ce moment qu’il se dit qu’il a peut-être trouvé un métier fait pour lui.

Il continue donc de dessiner et emmène tous les ans ses dessins au Comic-Con de San Diego. À l’époque, les auteurs de comics à succès sont encore abordables. Il écoute et applique leurs conseils afin de progresser et répète l’opération d’année en année. Finalement, il a la possibilité de montrer son travail à un éditeur en déplacement dans une librairie et son travail porte ses fruits. Il se fait embaucher par Wildstorm Productions, éditeur de comics racheté par DC Comics en 1998. Les héros du Wildstorm Universe ont depuis rejoint l’univers DC comics lors de la fin de la production des séries Wildstorm en 2010.

La politique de Wildstorm à l’époque est de loger et payer les jeunes artistes (c’était suffisamment rare à l’époque pour le préciser) et ils peuvent continuer d’apprendre le dessin en travaillant avec d’autres jeunes dessinateurs dans la même situation qu’eux.

A l’époque pour dessiner des comics il y a une contrainte. Les comics sortent de façon mensuelle et les dessinateurs, alors appelés monthly artists (artistes mensuels), doivent réaliser un album complet en 22 jours. Ce que Lee Bermejo ne peut pas faire au vu de son style de dessin très réaliste et détaillé. Il dit lui-même que s’il avait continué à tenir ce rythme il se serait tué à la tâche.

Sa technique consiste à poser les bases sombres en premier puis d’éclaircir le dessin au fur et à mesure. C’est l’inverse de ce qui est fait habituellement dans le dessin. Cela correspond à une technique de peinture à l’huile, on pose les couleurs médium avant d’éclaircir la peinture puis de retravailler les ombres.

Photo : Leebermejo

Pour vous donner une idée, cette page représentant Constantine a nécessité 7 jours de travail. Il dessine en moyenne 1 planche avec dialogue tous les 2 à 3 jours.

Ne pas se plier à la contrainte des 22 jours lui a valu de perdre des contrats. Mais son talent a été reconnu et les éditeurs se sont pliés à ses contraintes afin de l’avoir comme dessinateur. Il a alors pu travailler sur de nombreux projets.

Son travail avec Brian Azzarello

Si vous connaissez déjà Lee Bermejo, vous avez dû remarquer qu’il collabore très souvent avec le même scénariste, Brian Azzarello. La première raison est très simple, son style narratif fonctionne très bien avec le dessin de Lee Bermejo.

Quand Lee Bermejo parle d’Azzarello, Il ne tarit pas d’éloges à son sujet, et le compare même à Salinger (L’attrape coeur) quand il parle de son travail.

La deuxième raison est que Brian Azzarello a la volonté de s’approprier les personnages sur lesquels il doit écrire, il les retravaille, les modifie et les adapte à sa façon. On peut donner comme exemple la scène du comics JOKER dans lequel le Joker est représenté à genoux, en pleurs enlaçant une femme. L’auteur veut présenter le Joker pour le maniaque complètement instable qu’il est, et pas seulement comme un criminel fou. Il ajoute de la profondeur au personnage.

Cela permet à Lee Bermejo de faire de même dans ses dessins. Ils créent ensemble des personnages que l’on connaît déjà, mais que l’on n’a jamais vus de cette façon. A l’image de Etrigan le démon, personnage à l’allure de démon médiéval avec des cornes, des oreilles en forme d’ailes de chauve-souris et ne s’exprimant qu’en vers.

Ici, le personnage a été modernisé et intégré de façon plus naturelle au récit. En effet malgré la présence de personnages fantastiques, le récit s’inscrit dans un monde très réaliste. Etrigan est donc redessiné avec des oreilles recouvertes de piercing, et s’exprime non seulement en vers, mais plus particulièrement en rap, car qui d’autre s’exprime encore en rimes  de nos jours ? Pour le reste, tout y est, les couleurs, la cape, les yeux rouges, un personnage très bien modernisé.

https://www.instagram.com/p/BqfDnl8nMx7/

Enfin Brian Azzarello tout comme Lee Bermejo, ne sont pas obnubilés par l’idée de faire des suites ou des séries. Cela leur permet de mener leur histoire du début à la fin en un album et de raconter ce qu’ils veulent raconter. Ce qui est particulièrement appréciable dans un monde où chaque film ou série à succès ont souvent le droit à des suites dispensables.

On notera tout de même que si Batman Damned est un One-shot comme expliqué précédemment, il est précisé Livre Un au début de l’album.

Brian Azzarello et Lee Bermejo ont également collaboré sur d’autres projets, comme Before Watchmen et Luthor. Lee Bermejo de son côté a écrit et dessiné Batman Noël, un récit inspiré de l’œuvre de Charles Dickens, qui lui a servi de test avant de pouvoir se lancer dans l’écriture de Suiciders, une œuvre originale qui lui tenait à cœur. Racontant l’histoire d’un sportif de combat dans un futur post “Big One” (un séisme dû à la faille de San Andreas) mêlant passé et présent pour raconter la différence entre la ville utopique où seule l’apparence compte, et l’autre côté du mur, où il faut se battre pour survivre.

Les polémiques autour de son travail

Régulièrement, le travail de Lee Bermejo soulève des polémiques. Il n’y a pourtant pas plus de violence ou de nudité que dans les autres comics, mais son style de dessin y est pour quelque chose.

Récemment, pour Batman Damned, il y a eu une polémique quelques jours après la sortie du comics, polémique que le dessinateur appelle “Batman Zizi”. En effet, on y voit Batman nu. Pourtant, la scène ne choque pas et pourrait être anecdotique, Batman retire son costume après être rentré dans la Batcave.

Le “full frontal” (le fait de montrer quelqu’un nu, de face) n’est pourtant pas étranger aux comics. Le Dr Manhattan par exemple a la fâcheuse tendance de ne jamais porter de vêtements et cela n’a jamais choqué personne. La planche en question a d’ailleurs été assombrie dans l’édition française.

Outre la nudité, la violence est souvent critiquée dans les dessins de Lee Bermejo, elle y est crue et réaliste ce qui choque souvent. Là encore rien d’étonnant pour un comics, la violence y est très largement représentée, parfois même plus que dans les dessins de Lee Bermejo. Pour le dessinateur, la raison principale est que le lecteur n’a pas besoin d’analyser l’image pour la comprendre, pour comprendre à quel point c’est horrible. Mais c’est aussi servir le réalisme que de montrer cette violence, elle sert à l’histoire, elle n’est pas créée par le dessinateur, elle existe dans le monde réel et est seulement retranscrite dans ses œuvres.

Pour conclure

On a aimé Batman Damned, les visuels sont impressionnants, d’autant que pour la première fois le dessinateur a fait lui-même la colorisation (faute de coloriste disponible).

Cependant, c’est un livre à réserver aux habitués des comics. L’histoire est complexe, on a parfois l’impression de se perdre dans ce que l’auteur essaie de nous faire comprendre, et ce n’est pas le Batman que les fans des films ont l’habitude de voir. Il faut donc être ouvert d’esprit pour apprécier le récit.

Petits bémols, la réécriture de la mort des parents de Bruce Wayne n’est pas très reluisante et ne sert pas réellement l’histoire, d’autant que sa relation avec l’enchanteresse est pour le moins curieuse.

Enfin, c’est un réel plaisir de voir des personnages moins utilisés dans les comics actuels traités avec autant d’attention. On espère découvrir d’autres aventures avec les personnages de la Ligue des ténèbres  dessinés par Lee Bermejo.

Vous pouvez également retrouver l’intégralité du travail de l’artiste dans l’artbook, Lee Bermejo inside, en terrain obscur.

Ecrit par Hugo Corbeau – Chevalier de Bronze

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