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Le blaseball : le nouvel esport absurde et collectif

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2 avril 2021

Le blaseball : entre communauté, participation et extravagance

Nous vous parlions il y a quelques semaines de la pratique du e-sport, qui ne cesse de s’intensifier. Nous vous disions que, comme pour le sport traditionnel, le e-sport, qu’il s’agisse de jeux de sport ou non, s’organisait autour d’équipes, de sponsors, de tournois … Cette semaine, nous vous faisons découvrir un nouveau sport virtuel. Son adhésion est si forte et son concept si innovant qu’il est finaliste pour le Prix Nebula 2021 de la meilleure écriture de jeu. Il s’agit du blaseball.

Vous avez bien lu. Il ne s’agit pas réellement d’un jeu de baseball virtuel, ou du moins, pas dans un sens classique. Le blaseball est né à l’été 2020. C’est un jeu qui a été développé par The Game Band, et qui nécessite seulement une connexion Internet. Pas d’application, ni de console. Un simple ordinateur suffit à rentrer dans la communauté. Tout l’intérêt du blaseball réside dans sa forte dimension immersive et participative. Si ce n’est pas un réel jeu de baseball virtuel, c’est que son fonctionnement repose davantage sur l’interaction entre les joueurs et les fans. Le blaseball nous plonge dans l’univers communautaire que les réseaux sociaux développent à l’extrême ces derniers temps.

Blaseball équipes

Aux origines du blaseball : le Fantasy sport

Le blaseball est un jeu de simulation de baseball. Avec cette description, l’on pourrait croire qu’il fait partie de ce que l’on appelle les fantasy sport. Et, d’une certaine manière, c’est le cas. Le blaseball reprend ce concept, mais le pousse à son paroxysme. La fantasy, en français, consiste pour des joueurs à endosser le rôle de propriétaires d’équipes sportives et d’organiser ainsi sa propre équipe. Chaque propriétaire possède un budget, qu’il doit gérer, pour acheter des joueurs, ou les revendre. Des matches sont organisés entre les équipes, sur le principe des défis.

La fantasy est calquée sur le fonctionnement des équipes réelles. Mais elle s’appuie également sur les saisons en cours pour faire évoluer ses statistiques. Chaque joueur de fantasy possède des caractéristiques qui évoluent en fonction des actes de son équivalent humain. Si un joueur se blesse sur le terrain, ou que ses résultats sont à la baisse sur notre plan de l’existence, ses statistiques diminuent en conséquence dans le jeu. C’est en prenant en compte tous ces paramètres que les joueurs de fantasy doivent gérer au mieux leur équipe. Le but : gagner un maximum de points au fil des rencontres, et remporter le tournoi à la fin de la saison.

La fantasy est apparue dès les années 1960, sur le continent nord-américain. Les sports représentés étaient alors le football américain, le basket-ball et le hockey sur glace. La pratique était un peu plus laborieuse, car toutes les statistiques devaient être calculées et mises à jour à la main. Avec le développement d’Internet au début des années 2000, la fantasy a gagné en importance. Elle a quitté les Etats-Unis et le Canada, et s’est transmise à d’autres sports, comme le football. Face à l’essor de la fantasy, nombre d’Etats ont régulé sa pratique, comme pour les paris sportifs.

Qu’est-ce que le blaseball ?

Qu’apporte de plus le blaseball à la fantasy ? Il s’agit toujours pour les joueurs de gérer une équipe de baseball, et de remporter un championnat, en défiant les autres équipes. Rien de bien nouveau.

Premier changement pourtant : le côté absurde du jeu. Les équipes ne sont pas constituées d’avatars de joueurs réels de baseball. Ce sont plutôt des personnages totalement fictifs, parfois même mi-humains mi-poulpes. Sur le principe, cela ne change pas beaucoup de choses, si ce n’est que les statistiques dépendent uniquement des résultats dans le jeu.

Deuxième écart : une saison n’est plus calquée sur ce qu’il se passe dans la réalité (puisque les joueurs eux-mêmes ne le sont plus). Chaque saison dure ainsi une seule semaine. La temporalité est ainsi très resserrée, ce qui explique que les « blaseballeurs » puissent s’affronter sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Il faut aller très vite. Car le jeu va très vite.

Depuis sa création le 20 juillet dernier, une grosse dizaine de saisons ont pu être disputées. Il faut dire que la plateforme a été fermée du 9 au 24 août dans un premier temps, pour se réorganiser face à l’afflux de joueurs avides de découvrir le jeu. Puis, du 25 octobre 2020 au 1er mars 2021, nouvelle coupure, sobrement dénommée la « Grande Siesta ».

Malgré cette absence prolongée, le blaseball n’a pas été délaissé par les fans. Bien au contraire. Il jouit toujours d’une grande popularité. Ses atouts sont nombreux : pas besoin de comprendre les règles du baseball, puisqu’il n’est en réalité qu’un prétexte au jeu, et non un support ; des rebondissements incessants du fait de la rapidité avec laquelle évolue sa pratique ; un gameplay innovant, laissant la part belle aux parieurs.

Baseball

La communauté comme principe structurant

Car, dans le blaseball, ce ne sont pas tant les joueurs qui comptent, mais les parieurs. Le blaseball peut se targuer de réunir une large communauté en quelques mois d’existence, entrecoupés d’un long arrêt. Certes, le Facebook est vide depuis septembre 2020. Mais, on compte à l’heure actuelle 2 300 membres Twitch, 3 000 personnes sur Instagram, 30 000 followers sur Twitter, et, enfin, 33 000 membres sur Discord.

C’est en effet sur Discord que se déploie la pratique du blaseball. Un serveur général pour suivre les avancées de la saison, et un canal spécifique à chaque équipe, afin que les supporters puissent mettre au point leur stratégie. Car, oui, le blaseball n’est pas qu’un jeu d’horreur (comme défini sur Wikipédia) ou de simulation, c’est aussi un jeu de stratégie.

C’est là la grande innovation du jeu : faire reposer son évolution sur les volontés des joueurs. Dans le blaseball, la démocratie participative retrouve une place prépondérante. Enfin, on se rapproche plus du suffrage censitaire, car, pour voter, il faut payer : on achète son vote. La monnaie est virtuelle : elle s’échange au gré des paris.

Les votes servent à définir les règles et les événements qui seront de mise lors de la saison prochaine. C’est cela : chaque semaine, le jeu change. Et les développeurs s’adaptent aux envies des joueurs, sans les restreindre ou les duper. Comme l’explique Félix Kramar, l’un des producteurs : « C’est comme un gâteau. Tous les ingrédients sont sur la table et les fans décident de les utiliser ou non. ». C’est ce qui fait tout le sel du blaseball : le jeu n’est pas figé, et l’on peut directement, rapidement et visiblement influencer le cours de l’histoire. Finalement, les règles du baseball sont assez simples : les réinventer chaque jour.

Cartes joueurs blaseball

Définir sa propre communauté : le renouveau de Facebook

Vous l’aurez compris, le but du blaseball est moins de suivre un championnat que d’affirmer son appartenance à une équipe, et de tout faire pour la favoriser. Le côté horrifique du jeu se trouve dans les événements qui peuvent survenir : disparitions de joueurs, assassinats par des « arbitres voyous », … N’oubliez pas que le jeu se veut résolument absurde.

L’appartenance communautaire est donc le cœur du blaseball. Un concept qui fonctionne à merveille, mais qui ne tombe pas de nulle part. C’est cet esprit de corps qui a permis au réseau social Facebook de connaître une seconde jeunesse, alors qu’il était clairement en perte de vitesse. Facebook a su capitaliser sur l’humour, avec l’apparition en 2016 d’un groupe qui allait bientôt faire des petits : Neurchi de memes. Le meme est devenu une pratique virale, et les neurchis se comptent aujourd’hui par milliers.

Là aussi, le but est de partager une même culture avec une communauté soudée autour d’un intérêt commun. Il existe des neurchis autour de tout : des films, des jeux, des émissions, des plateformes, des antimemes, … Il y en a pour tous les goûts. Les memes possèdent des règles communes, qui se retrouvent dans tous les neuchis, mais chaque page redéfinit également son propre fonctionnement.

Et certaines pages parviennent à créer un lore, c’est-à-dire un univers complet avec en son sein une histoire, qui n’est pas nécessairement l’intrigue principale. Ces communautés deviennent ainsi de véritables constructions participatives, où chaque personne qui poste un meme fait évoluer l’histoire. C’est le cas par exemple de « Le Neurchi où on prétend être sur Neurchi en 1891 », pour lequel existent des pages spécifiques aux personnages. Il en va de même pour le blaseball, où les fans font vivre leurs héros et équipes sur différents canaux.

Neurchi 1891

Absurde mais pas inutile

Appartenir à une communauté, qu’il s’agisse d’un neurchi ou d’une équipe de blaseball, c’est donc appartenir à une véritable famille, avec ses codes, son histoire, ses valeurs. C’est un entre-soi qui s’assume clairement, et où le but n’est pas nécessairement de faire grandir cette communauté. La plupart des neurchis sont des groupes privés. L’objectif n’est pas d’être le plus grand nombre, mais le plus grand nombre d’actifs pertinents.

Le blaseball ne compte ainsi pas une communauté à faire pâlir les influenceurs les plus connus ou certaines pages plus traditionnelles. Mais les 33 000 membres du Discord sont tout à l’histoire qui les intéresse. Et ils n’hésitent pas à se servir de leur plateforme pour soutenir différentes causes.

La communauté Blaseball s’investit ainsi pour différentes œuvres de charité ou aux côtés d’activistes. Il existe un e-shop de merchandising, dont une partie des recettes est reversée sous formes de dons. L’activiste Nithya Raman a été soutenue, elle qui a co-fondé une organisation à but non lucratif pour aider les sans-abris à Los Angeles, de même que le syndicat « Industrial Workers of the World ».

Une manière de montrer que les communautés virtuelles peuvent avoir un réel pouvoir et un véritable impact sur le monde réel. Le blaseball, aussi absurde soit son principe, rassemble une large communauté tout autant engagée sur le jeu que pour des causes sociales. Et n’est-ce pas là le principe même du jeu en ligne : rassembler ?

Blaseball logo

Alors, si vous souhaitez vous aussi participer à cette belle aventure extravagante, et que vous maîtrisez la langue de Shakespeare, n’hésitez pas à aller faire un tour sur le discord du blaseball.

En attendant, vous pouvez aussi retrouver notre dernier article, concernant la distinction entre magie blanche et magie noire dans les jeux vidéo.

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