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Critique (NO SPOILERS) The Irishman, le sublime adieu à la mafia de Scorcese.

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3 décembre 2019

Il y a des films que l’on attend dès l’annonce du projet. Des films qui réunissent le casting rêvé. Des films où, dès les bandes annonces, nous savons que nous allons vivre un grand moment de cinéma. Des films qui, quand on les visionne, nous surprennent, nous émeuvent et nous confortent sur le pourquoi nous aimons le septième art. Et puis il y a des films comme The Irishman, qui regroupent tout cela et bien plus encore.

Qu’il en a fallu du temps pour voir arriver The Irishman sur nos (petits) écrans. Dix ans, exactement, que nous attendons le retour du duo magique Scorcese – De Niro.

Dix ans que Robert De Niro a proposé à Martin Scorcese d’adapter le livre «  I Heard You Paint Houses » de Charles Brandt, où Frank « The Irishman » Sheeran, porte flingue de la mafia new-yorkaise, raconte son histoire au sein de la pègre et comment il a assassiné une des plus grandes personnalités américaines des années 60 : le tout puissant président des syndicats des routiers américains (Teamsters) Jimmy Hoffa.

Après dix ans de problèmes de calendriers et de financements, le film est enfin là et pas n’importe où, sur Netflix. Seul le géant américain du streaming pouvait répondre aux ambitions folles de Martin Scorcese et il a bien fait. On ne va pas se mentir, The Irishman est un nouveau chef d’œuvre du réalisateur mais un des plus surprenants dans sa construction.

« Père Scorcese raconte nous une histoire… »

Dès le début du film on comprend que Scorcese va casser ses propres codes pour mieux se sublimer, en commençant par son narrateur. Après le plan-séquence d’ouverture, on retrouve un vieillard (Robert De Niro) en chaise roulante qui commence à raconter sa vie face caméra. La voix off en narrateur est un classique chez Scorcese mais jusque-là, jamais elle n’a été introduite aussi simplement que dans The Irishman. On devine vite pourquoi.

Le vieillard en question s’appelle Frank Sheeran. Il va nous conter ses quarante années au sein de la mafia italienne de New-York et il va prendre son temps. Comme son personnage principal, le réalisateur va prendre son temps aussi pour nous montrer cette fresque mortuaire avec un classicisme qu’on lui connait peu. Pas de montage frénétique à la Casino, pas de scène contemplative sur fond de Rolling Stones à la Main Streets ou les Affranchis. Scorcese veut du classique pour cette épopée, pour mieux rappeler que toute cette histoire est vraie. Attention ! Classique ne veut pas dire mauvais, car même simplement le film est génialement mis en scène.

Le film est peut-être l’un des plus traditionnels du cinéaste dans sa réalisation mais pas dans son récit. Quarante ans des Etats Unis sont racontés à travers le personnage principal. En 3h30 de film, le cinéaste fait preuve d’une ambition folle pour nous faire voyager dans cette Amérique où la pègre italienne fait partie intégrante de son histoire. Ce film est d’une telle richesse dans la psychologie des personnages, dans les dialogues ou dans les détails des époques qui nous sont montrés, que l’on comprend pourquoi Scorcese se montre sobre dans sa réalisation. Il laisse la place à l’histoire, juste à l’histoire car oui un bon film, c’est avant tout une bonne histoire.

Les Quatre Fantastiques

The Irishman est certainement le dernier film de gangster de Martin Scorcese. En tout cas c’est ce que l’on ressent à la vue de ce film testamentaire d’une époque et d’un Hollywood que l’on ne voit plus.

Alors pour ce baroud d’honneur, ce réalisateur légendaire va s’entourer d’acteurs qui le sont tout autant. Bien sûr Bob De Niro sera Frank « The Irishman » Sheeran. L’acteur est à l’origine du projet et coproduit le film via sa société Tribeca Production. Autant vous dire que l’investissement se ressent dans son jeu, toujours juste, laissant la place aux autres et tellement émouvant dans la dernière partie du film.

Le long métrage est scindé en trois actes. Le premier est l’entrée de Frank dans la pègre italienne et sa rencontre avec son mentor Russell Bufalino qui va l’aider à gravir les échelons dans l’organisation criminelle. Pour jouer le parrain, Martin Scorcese a sorti Joe Pesci de sa retraite et quelle idée fantastique ! Lui qu’on a connu brutal, violent et nerveux dans les films du cinéaste, est le sage affectueux, pédagogue mais qui peut se montrer d’une froideur terrifiante quand il décide de qui vit et qui meurt dans le long métrage.

Le deuxième acte du film vient dès l’introduction du personnage de Jimmy Hoffa. C’est dans cette partie que l’on retrouve tous les thèmes favoris du réalisateur (violence, loyauté et trahison). Pour jouer Jimmy Hoffa, personnalité très célèbre aux USA, il fallait un acteur à l’image du personnage, d’une énergie folle et charismatique. Al Pacino est cet acteur. Dire qu’il n’avait jamais tourné avec Scorcese ! L’acteur est fantastique, dévorant d’énergie. L’alchimie entre lui et De Niro est exceptionnelle et touchante.

Le troisième acte du film commence après l’assassinat de Jimmy Hoffa par son ami Frank Sheeran. Inévitable et tragique, le meurtre du roi déchu des syndicats menaçant la pègre pour retrouver sa couronne est brutal. Et après cet évènement, tout n’est que noirceur et regrets. A la fin, ces mafieux-là ne meurent pas sous les balles comme nous en avions l’habitude, mais de maladie et de vieillesse, rongés par le désarroi. A la fin, c’est Martin Scorcese qui dit adieu à son genre de prédilection, à son cinéma qui trouve de moins en moins sa place dans une salle obscure. A la fin, ce sont ces quatre fantastiques qui nous rappellent ce qu’ils sont : des légendes.

Netflix fait son cinéma

Une fois le film fini, une question subsiste. Pourquoi Martin Scorcese, cet amoureux du grand écran, a préféré une sortie sur Netflix pour son film plutôt que dans les salles ? La réponse est très simple, parce qu’il n’a pas eu le choix.

Aucun studio hollywoodien n’a voulu produire le film d’un des plus grands réalisateurs du cinéma. Trop couteux et trop long  malgré son casting de légende. Le rendement n’était pas assuré. Les studios américains misent sur les blockbusters bien marketés et il n’a plus de place pour les productions indépendantes.

A qui profite le crime ? A Netflix pour ce film-là. Le leader du streaming mondial a donné carte blanche à Martin Scorcese pour réaliser son film. Un budget pharaonique (150 millions de dollars), une nouvelle technologie de rajeunissement faciale (le rendu est encore très perfectible) et le casting qu’il souhaitait. Ainsi, Netflix continue ce qu’il avait commencé avec Roma d’Alfonso Cuaron (Oscar du meilleur réalisateur en 2019) : miser sur des grands noms du cinéma pour garnir son catalogue de films et contrer les nouveaux arrivants sur le marché comme Disney +.

Finalement, en y réfléchissant bien,  le crime profite à tous. Voir ce chef d’œuvre est tout ce qui compte car peu importe le flacon, l’ivresse du cinéma doit se voir partout, même dans son canapé.

Brice Degrange, Chevalier de Bronze.

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