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Pokémon : un phénomène transgénérationnel

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10 décembre 2019

« Attrapez-les tous ! » scandent les publicités, le jeu, les fans. Depuis sa création en 1996, on entend ce slogan partout, dans de nombreux contextes. La « Pokémania », phénomène d’intégration à notre pop culture des petits monstres de poche, a fait du chemin.

Venez les enfants, le Pokémon Grand Sage Gouroutan a des choses à vous dire…

Pokémon au fil des âges

La souris électrique qui crie son nom est dans tous les esprits. Vous l’avez vu partout : en pyjama intégral dans les conventions, festivals et autres événements ; à la télévision ; sur internet. Les jeux sortent sporadiquement mais le phénomène perdure dans les esprits et s’auto-entretient. Nous ne les avons jamais oubliées, ces mignonnes petites bestioles de poche !

Tout commence par un jeu sur Game Boy. Sorti en 1996 au Japon, il faudra attendre 1999 pour voir Sacha et ses amis débarquer en France. Deux versions, la possibilité de faire des échanges branchés à un câble, celle encore plus grande d’attraper et de faire évoluer près de 150 créatures. Extrêmement populaire au Japon, les Pokémons se déclinent en cartes à collectionner et en série animée.

Pour contrer les Pocket Monsters, une franchise est lancée en 1997 : les Digital Monsters, aussi connu sous le nom de Digimon. Mais la sauce ne prend pas, du moins à l’international. La concurrence avortée meurt seule avec l’image d’une pâle copie de Pokémon qui lui colle à la peau. Les Digimons continueront leur vie dans l’ombre du grand frère Pokémon, du moins en Europe, où cela fait bien des années que l’on n’en a plus entendu parler, ou alors de façon épisodique pour demander ce qu’ils sont devenus.

Les Digimons. Les ressemblances sont quand même frappantes…

Les Pokémons, eux, continuent de grandir et d’envahir les différents paysages français : vidéoludiques, donc ; mais aussi télévisuel avec l’anime ; les salles de cinéma avec les films ; les cours de récré avec les cartes à jouer, à collectionner, à échanger. Tout est fait depuis le tout début pour promouvoir l’échange et le jouer ensemble. Il faut être deux minimum pour compléter le Pokédex en entier, tant certains n’évoluent que grâce aux échanges, ou simplement par les différences de bestioles selon les versions.

La Pokémania commence, les produits dérivés pleuvent, tout le monde veut sa peluche Pikachu, Carapuce, Salamèche ou Bulbizarre.

Pokémania ciblée

Car oui, la Pokémania, à l’origine, ne touche qu’une génération de joueurs : ceux qui approchent ou ont l’âge de Sacha au moment de son aventure, soit une dizaine d’années. Si les deux premières versions, Rouge et Bleu commencent à amorcer le phénomène, celui-ci explose en juin 2000 avec la sortie de Pokémon Jaune. Rendez-vous compte : Pikachu vous suit !! La coqueluche des fans, des joueurs, des jeunes regardant la série animée s’y retrouvent pour de bon. Votre compagnon vous court après, visible à l’écran.

A l’écran, Pikachu, toujours sur l’épaule de Sacha, fait figure du parfait animal de compagnie.

C’est aussi ce moment où le monde devient jaune. Des magazines Pokémon se créent, chacun utilisant qui un logo, qui un Pikachu pour attirer le public. Les peluches s’arrachent et surtout, le tamagochi Pikachu sort. Objet de toutes les convoitises, aujourd’hui presque disparus (et donc indispensable à tous collectionneurs), ce petit jeu de survie où vous devez prendre soin de votre Pikachu est un palliatif intéressant pour ceux qui ne peuvent emmener leur Game Boy partout. A eux seuls, les produits dérivés Pokémon représentent toute une industrie : près de 550 entreprises produisant ces jouets et autres accessoires de par le monde, un chiffre d’affaire global dépassant les 60 milliards de dollars… Pikachu et consorts font des étincelles dans les magasins et les porte-monnaie.

Pokémon reste un phénomène quelle que soit l’année de sortie. Il s’agit à chaque fois d’essayer de rallier des nouveaux joueurs tout en conservant les anciens. Bien que possédant plusieurs niveaux de lecture, tant par le message de tolérance que celui prônant l’écologie et le respect des autres, l’esprit collectionneur et compétiteur du joueur sera mis à l’épreuve. Plusieurs versions tenteront de jouer sur la durée de vie : il ne s’agira plus de battre la Ligue Pokémon pour gagner, mais d’attraper un certain nombre de bestioles pour avoir accès à d’autres (Rouge Feu et Vert Feuille). La franchise grandit peut-être moins rapidement que les joueurs de la première heure, mais elle sait se renouveler jusqu’à devenir quasi intemporel.

Pokémon est d’ailleurs un phénomène mondial. L’anime est diffusé dans plus de 160 pays en 30 langues, compte 21 saisons et a vu l’un des derniers épisodes faire un véritable buzz sur les réseaux sociaux le 16 septembre 2019. Cet épisode, que l’on ne va pas vous spoiler, représente l’achèvement d’une quête de 22 ans, à tel point que l’information a été largement relayée par les médias internet (article dans Madmoizelle, People BMFTV (oui oui), Cnews et même le Figaro). Plus fort encore, Pokémon est entré dans le Guinness World Records comme série de jeux vidéo la plus vendue de l’histoire (plus de 324 millions de jeux, sans compter Epée et Bouclier).

Connaître sans jouer                                                                           

Parce qu’il y a eu des jeux de cartes, des animés, des films et surtout une foultitude de produits dérivés, tout le monde connait Pokémon, sans même y avoir jouer. Les musiques sont reprises (le groupe Powerglove a même fait une version métal du générique), l’iconographie s’est répandue aux quatre coins du monde.  Et il n’y a pas que les créatures qui bénéficient de ce traitement de faveur. Les objets issus de la franchise, notamment les PokéBalls, ont aussi fait le tour du globe.

Outre une iconographie forte et colorée qui marque les esprits, Pokémon représente une forme d’accomplissement et de dépassement de soi : le but du joueur est de devenir le grand Maître Pokémon, le champion de tout l’univers du jeu. Il y a cette tension et cette progression, présentée par le passage de niveau et l’évolution des créatures. Le joueur gagne lui aussi en niveau, en maturité, en réflexion et surtout en stratégie. Le jeu des forces et faiblesses en fonction des types (plante faible face au feu, mais fort face à l’eau) donne au joueur un nouvel axe de cogitation : constituer l’équipe parfaite pour vaincre chaque adversaire, étudier ses types de prédilection, les spécificités de ses attaques. Le côté peut être enfantin de ces tenants et aboutissants (oui, l’eau est faible face à l’électricité, c’est logique), donne un côté ludique à la franchise. Ces associations sont véridiques, transposables à la vie réelle (sauf lorsque l’on commence à penser aux types Spectre, Psy et Fée, il existe des exceptions).

Du troc dans Rubis et Saphir.

Le côté ludique du jeu n’est pas oublié et représente un vrai accomplissement personnel. La possibilité de se mesurer aux autres dresseurs (capacité présente dès le premier jeu et encore aujourd’hui) renforce le côté compétition. On se frotte à ses adversaires pour tester ses stratégies, le niveau de ses Pokémon, l’envie de partager un moment. Car tel est le maître mot de Pokémon, au-delà de tous les attraper : celui de partager.

 

 

 

Pokémon Go : le renouveau

Vous pensiez Pokémon installé comme une base vidéo-ludique qui ne ferait sans doute plus vraiment de véritables émules ? Que nenni. Arrive 2016 et son phénomène mondial : Pokémon Go.

Malgré quelques intrusions sur portable avec des petits jeux sans grande envergure, et après des « spin-off » comme les Donjons mystères sur console portable, Pokémon Go change complètement la donne. Installé par certains avant la date de sortie grâce à des techniques plus ou moins sécure pour votre téléphone (le jeu étant sorti avant au Japon et outre-Atlantique), les joueurs français se lancent dans l’aventure. Il s’agit de capturer les Pokémon en « vrai », grâce à ses propres déplacements, une carte et au GPS inclut dans le téléphone. Novateur par son concept, extrêmement accessible, nous avons enfin la possibilité de jeter les balls en vrai. Le phénomène devient tel que ce sont de véritables rencontres qui se forment à l’extérieur pour jouer. Toutes les générations se confondent : les parents montrent à leurs enfants plus jeunes l’un de leur jeu d’enfance, les ados redécouvrent le Pokédex 1ère génération. Les groupes de discussion, d’entraide, de balades s’organisent. Le monde est dans la rue pour Pokémon Go, mais pas pour manifester cette fois.

Le jeu fut un temps renommé Roucoul Go par les joueurs assidus

Avec plus de 75 millions de téléchargement les trois premières semaines dans le monde entier, le jeu dépasse Tinder, le temps moyen d’utilisation de l’application explose celui de Facebook et Snapshat. Les ventes de gadgets liées à cette nouvelle façon de jouer explosent elles-aussi. Ce sont les batteries externes qui font les têtes de gondoles. Le jeu est en effet gourmand en énergie et il faudra bien plus qu’un Voltorbe pour l’alimenter. On assiste alors aussi à un véritable phénomène de zombification de masse : le nez collé à leur portable, les joueurs en oublient qu’ils sont en train de marcher dans la rue, conduire, etc. Le nombre d’accident augmentent exponentiellement que l’intérêt pour le jeu. Les Pokéstops sont placés à des endroits stratégiques et culturels alors même s’ils permettent de découvrir des lieux, graffitis et autres bizarreries plutôt chouettes, ils ont donné lieu à des scènes plus dérangeantes. Par exemple, concernant ce Pokéstop placé au Musée d’Auschwitz-Birkenau ou dans des lieux de commémoration.

Le jeu fonctionne bien. Des bugs se glissent dans la programmation mais globalement tout marche ou est corrigé rapidement. Des innovations, des événements, l’ajout de fonctionnalité, la possibilité d’échange et de combats avec des amis, l’envoie de cadeaux… Voilà près de 3 ans que le jeu continue sa route, enchaînant les périodes de creux et de pics. Avec des ajouts et événements ponctuels, l’intrusion de nouvelles générations, ou la sortie d’autres jeux comme Let’s Go qui fait la jonction entre console de salon et téléphone, le jeu poursuit une douce avancée. Toujours présent, encore installée sur de nombreux portables, il n’y a plus le même enthousiasme qu’au début et les joueurs se font plus discrets. Ce qui n’est pas le cas au Japon, où le phénomène ne s’est jamais arrêté. La franchise s’installe tout de même durablement dans les esprits et conquièrent chaque jour des nouveaux joueurs, même si elle en perd tout autant par lassitude ou juste par envie de passer à un autre support.

La pokémania est-elle terminée ? Loin de là. Les deux nouveaux jeux, Epée et Bouclier, poursuivent l’aventure. Pokémon Go continue sa route en proposant toujours plus de journées communautés, d’événements de Noël, etc. Let’s Go Evoli et Pikachu proposent de rejouer aux premiers jeux avec des graphismes revisités et léchés et la possibilité de se faire suivre par l’une de ses bestioles… Les PokeCenters, ces boutiques intégralement dédiées à la franchise et aux bestioles de poche, sont au Japon des lieux de passage incontournables. Il n’y a pas à douter : le jour où un tel lieu s’installe en France, même de façon éphémère, ce sera un événement (qui a déjà eu lieu en 2014 lors d’une ouverture éphémère). L’approche de Noël va faire se remplir les rayonnages de peluches et autres produits dérivés. Non, la Pokémania n’est pas terminée, et elle a sans doute des beaux jours devant elle tant le jeu a su s’affranchir des barrières du temps et des générations pour devenir une référence pop culture si vaste qu’il n’est depuis longtemps plus nécessaire d’y avoir joué pour comprendre.

 

Bénédicte Coudière – Chevalier de Bronze

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