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The Long Dark : une certaine vision de la collapsologie

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29 janvier 2021

Jeu vidéo, collapsologie et survie : le cocktail réaliste de The Long Dark

Le post-apocalyptique est un genre que l’on croise souvent dans les films et les jeux vidéo. Wall-E, The Last of Us, Mad Max ou encore Death Stranding, toutes ces œuvres présentent des univers radicalement différents qui partagent le même postulat de départ : un événement a détruit le monde tel que nous le connaissons et il nous faut apprivoiser celui qui reste. L’idée est toujours de vivre « ce monde d’après » avec ses villes désertes, sa nature sauvage et ses créatures insoupçonnées. L’expérience virtuelle de la collapsologie en quelque sorte.

Parmi ces mondes crépusculaires, souvent infestés de zombies et de mutants, The Long Dark fait figure d’exception avec son univers et sa fin du monde « originale ». Cerise sur le gâteau, il s’agit aussi d’un jeu de survie palpitant avec un système de jeu soigné. Alors que le quatrième épisode du mode histoire est attendu pour cette année, laissez-moi vous parler de ce titre et de l’effondrement possible de notre civilisation qu’il dépeint.

De la survie face à la nature

Image de présentation de The Long DarkThe Long Dark est un jeu de survie et d’exploration à la première personne, des développeurs d’Hinterland Studio. Le cadre du jeu se déroule au nord du Canada, avec ses températures glaciales, ses forêts enneigées et sa faune caractéristique. Fait intéressant, les développeurs préviennent dès le début du jeu que des libertés ont été prises avec le réel et que cela ne doit pas biaiser notre représentation de la survie. Ils précisent par exemple que les loups sont bien moins agressifs avec les êtres humains dans la réalité. Ce détail montre bien que les créateurs sont soucieux des représentations que peuvent véhiculer leur jeu, parce qu’au-delà de sa direction artistique stylisée, The Long Dark est plutôt réaliste.

La gestion du réel

Les jeux post-apocalyptiques – comme d’autres œuvres de science-fiction – peuvent se distinguer par leurs univers, les concepts qu’ils développent et leur direction artistique. Ce genre baigne naturellement dans l’imaginaire, alors, qu’est-ce que gagne un jeu à faire l’impasse sur ce potentiel créatif ? Les game designer peuvent plus facilement puiser dans le réel pour enrichir leurs mécaniques de jeu. Dans un jeu d’heroic fantasy, il faudrait vous faire comprendre explicitement comment fonctionne la magie dans ce monde, par exemple. Mais implicitement, dans un jeu réaliste, vous comprenez comment fonctionnent la soif, la faim ou la fatigue. Ce qu’on gagne dans un jeu vidéo réaliste, c’est la compréhension intuitive de règles et de mécaniques pourtant très complexes. On parle tout de même d’un jeu qui prend en compte l’humidité de vos vêtements et la force du vent pour affecter la température de votre personnage.

Face à cette profondeur de jeu, vos réflexes ou votre adresse sont rarement mis à l’épreuve. Ce qui compte, c’est votre capacité à prendre des décisions pertinentes. Comme une seule décision peut influencer plusieurs paramètres, il n’y a jamais de choix évident à faire : tout est une question de risque et de récompense. Devoir traverser un fleuve gelé durant une tempête de neige parce qu’on a mal géré ses provisions et que le temps nous est compté, c’est le genre de moment qui nous happe.  Assumer ses décisions de jeu et composer parfois pendant des heures, c’est grisant. Pour ces raisons, The Long Dark est un jeu de survie immersif et prenant.

Comment le monde prend fin au Canada

Le réalisme dans les jeux vidéo semble donc nous offrir sur un plateau d’argent des mécaniques complexes, mais simples à comprendre grâce à nos connaissances préalables du réel. Ce réalisme se retrouve même dans le scénario et son apocalypse. Oubliez les bombes nucléaires, les attaques aliens, les robots tueurs ou l’invasion des zombies. Le monde moderne de The Long Dark a péri à cause d’une aurore boréale, une lumière colorée qui a plongé le monde dans le black-out.

Aurore boréale dans The Long Dark

Et là, vous froncez un sourcil et vous vous dites quelque chose du style : « Alors, ce n’est pas du tout réaliste qu’une aurore boréale provoque la fin du monde. ». C’est vrai. Le jeu se sert de ce prétexte pour les dysfonctionnements des appareils électriques. En réalité, il faut écouter attentivement les personnages que l’on croise et lire des notes çà et là pour comprendre que le monde de The Long Dark a connu une crise économique mondiale qui a profondément affecté les Etats-Unis et le Canada. Le jeu nomme cet événement le « Grand Effondrement », qui explique pourquoi la zone du jeu est séparée, au sens littéral comme figuré, du reste du monde.

L’effondrement, ou the collapse, n’est pas un choix de terme anodin pour un jeu post-apocalyptique. Utiliser une crise économique couplée à une catastrophe naturelle n’est pas non plus banale comme idée. On peut rattacher ces décisions créatives à une volonté de faire référence à la collapsologie.

L’effondrement des civilisations et la collapsologie

La collapsologie est l’étude des effondrements des civilisations passées et présentes. Les représentants les plus connus en France de ce mouvement sont Pablo Servigne et Raphaël Stevens, avec leur livre Comment tout peut s’effondrer, sorti en 2015. Si, d’un point de vue historique, on peut penser aux chutes de l’Empire romain et de l’Union soviétique, la question de l’effondrement de notre civilisation industrielle se pose différemment. Certes, nous connaissons le jour du dépassement, nous savons que près de 1 % de la population possède la moitié de la fortune mondiale et que l’on risque de subir d’autres pandémies à l’avenir, mais personne ne peut savoir exactement comment et quand la fin de notre civilisation arrivera. La collapsologie se veut être une science, mais pour ses détracteurs, il s’agit surtout d’une « fantaisie sans fondement ».

Vivre l’effondrement

Couverture du livre Comment tout peut s'effondrerLa question de l’effondrement de notre civilisation n’est pas juste scientifique. C’est une question sociale et politique par-dessus tout. Lors d’une catastrophe, on cherche des responsables, on demande à ce que certains renoncent à leurs privilèges et à ce que les normes changent. En toute honnêteté, il y a des gens qui ont plus à perdre que d’autres, et certains ont même à y gagner lors d’une crise profonde. C’est quelque chose qui est exprimé en filigrane dans The Long Dark. Certes, le « Grand Effondrement » force les personnages à redéfinir leur rapport à la nature, à faire du survivalisme, mais il brise les règles sociales et les rapports de domination auxquels ils ont été habitués. Des criminels profitent de la situation pour s’enfuir dans la nature, une femme autrefois battue par son mari se met à traquer les hommes…

 

The Long Dark ne dépeint pas une vision pessimiste et redondante du style « l’Homme est un loup pour l’Homme », mais il montre que nous ne vivrons pas tous de la même façon le changement du statu quo de notre société et, personnellement, j’ai hâte de voir jusqu’à quel point ce parti pris sera poussé dans le prochain épisode.

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